Enzo Forletta répond à certaines critiques sur son retour à l’USAP

Enzo Forletta répond à certaines critiques sur son retour à l’USAP

Le vendredi 28 août 2026 à 10:09 par David Demri

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Six ans après avoir quitté son club formateur pour rejoindre Montpellier, Enzo Forletta retrouve l’USAP. Mais pour le pilier catalan, pas question de considérer ce retour à Perpignan comme une manière de terminer tranquillement sa carrière à la maison. Bien au contraire.

Le joueur revient avec l’ambition de se mettre à nouveau en danger, de retrouver son meilleur niveau et de transmettre à l’USAP ce qu’il a appris pendant ses années loin de la Catalogne. Avec également une pression particulière : celle d’un joueur du cru forcément attendu au tournant.

Forletta découvre presque un nouveau club

Revenir dans son club formateur ne signifie pas nécessairement retrouver l’environnement que l’on avait quitté. Depuis le départ de Forletta en 2020, l’USAP a profondément évolué.

Le pilier ne connaît d’ailleurs plus beaucoup de monde dans le quotidien du club. Les infrastructures comme les méthodes de travail ont également changé.

Forletta a rapidement compris qu’il allait devoir découvrir une nouvelle version de l’USAP. Il s’est confié via Midi Olympique.

« Beaucoup de choses ont changé. C’est un nouveau club. Je ne connais plus trop personne, en vrai, à part Ponpon (Joseph Ponseilles, l’intendant), Tom Ecochard, Lucas Velarte et Lucas Dubois. Je ne connaissais pas non plus le centre de performance. La dynamique autour d’une semaine d’entraînement a changé. Tout est neuf, c’est plutôt bien. »

Et c’est précisément ce qu’il recherchait. L’ancien Montpelliérain ne voulait pas simplement retrouver les sensations de ses premières années professionnelles.

« En tant que joueur, je ne venais pas forcément chercher ce que j’avais quitté. Non pas que je n’aie pas aimé ce que j’ai quitté. Au contraire, j’ai adoré et j’en suis très fier. Dans mes souvenirs, ça peut me manquer. Mais je voulais quelque chose de nouveau pour créer une nouvelle histoire. »

Montpellier souhaitait pourtant le conserver

Lorsqu’il avait quitté Perpignan en 2020, Forletta n’imaginait absolument pas revenir quelques années plus tard.

Son aventure montpelliéraine aurait même pu se poursuivre puisque le club héraultais souhaitait le conserver.

Ce sont notamment les changements intervenus à Montpellier qui ont progressivement modifié sa réflexion.

« Pas du tout. Après, je ne suis pas quelqu’un qui suis visionnaire dans ma façon de voir une carrière ! Beaucoup me disaient « tu reviendras ». Je n’y pensais pas, parce qu’en soi, à Montpellier, j’étais très bien. Même l’an dernier, ils voulaient que je reste. Puis, il y a eu des changements de direction, de staff, ça a un peu entaché le truc et j’ai eu envie de partir. »

La facilité aurait donc pu consister à prolonger son aventure au MHR. Forletta a préféré prendre le chemin inverse et accepter la pression inhérente à un retour dans son club formateur.

« Je ne viens pas en mode retraité »

Le pilier sait parfaitement quelle image peut parfois accompagner le retour d’un joueur expérimenté dans son club d’origine. Et il utilise une formule particulièrement directe pour balayer immédiatement cette idée.

Forletta refuse catégoriquement que son retour soit assimilé à une préretraite confortable.

« Je veux être la meilleure version de moi-même. Les joueurs qui font comme moi, qui reviennent dans leur club formateur, on a l’impression qu’on vient pour se « branler la nouille », pardonnez-moi l’expression. Mais au moins, comme ça, tout le monde comprend. Et même des fois, des gens du club le pensent. Mais ce n’est pas vrai. »

À ses yeux, rester à Montpellier aurait justement représenté la solution la plus confortable.

« La solution la plus facile pour moi aurait été de rester à Montpellier. J’aurais continué trois ans à Montpellier. Ça aurait été simple en vrai. Mais non, le vrai challenge, c’est de venir ici et d’être encore meilleur que ce que j’étais l’an dernier. »

Son expérience accumulée loin de Perpignan doit désormais servir au collectif catalan.

« Et d’apporter tout ce que j’ai eu comme expérience dans ma carrière. Même si elle est loin d’être finie et que j’ai encore beaucoup à apprendre en expérience. Je reviens vraiment pour apporter quelque chose de positif à l’équipe. Je ne viens pas en mode retraité. »

Pas question de s’autoproclamer leader

Son expérience et son attachement au club pourraient naturellement lui conférer un statut important dans le vestiaire. Mais Forletta ne souhaite pas brûler les étapes.

Avant de prétendre devenir l’un des leaders de l’USAP, il considère qu’il doit gagner sa légitimité sur le terrain.

Le pilier veut commencer par prouver qu’il mérite sa place.

« C’est toujours compliqué de parler de leadership, il faut d’abord montrer l’exemple sur le terrain. Pour l’instant, j’essaie de m’intégrer dans le groupe. J’ai toujours aimé que les nouveaux joueurs d’abord s’intègrent et après prennent le leadership. Je ne veux pas trop m’imposer. »

La suite dépendra de ses performances.

« Il faut d’abord que je prouve et ensuite, on verra par rapport à mon évolution dans ce groupe. Pour l’instant, je veux montrer que j’ai ma place dans cette équipe. »

Son statut de Catalan facilite forcément certains aspects de son intégration. Mais il entraîne également des attentes supérieures à celles qu’il avait pu connaître en arrivant à Montpellier.

Forletta reconnaît ressentir cette pression supplémentaire.

« C’est sûr que ce n’est pas une intégration comme j’ai pu connaître à Montpellier. D’un côté, c’est facile, parce qu’on te parle comme si ça faisait dix ans que tu étais là. Mais d’un autre côté, je me sens attendu et c’est là que ça va être difficile et peut-être différent de Montpellier. »

Une pression qu’il accepte volontiers.

« Mais ça me va. Je suis compétiteur et je veux montrer que j’ai ma place. Mais c’est vrai, le fait d’être Catalan ajoute de la pression. »

Forletta ne veut surtout plus revivre l’Access Match

Les ambitions collectives sont également importantes. Laurent Labit a notamment affiché sa volonté de voir l’USAP se stabiliser autour de la dixième place.

Forletta adhère à cet objectif. Sa priorité est surtout de voir Perpignan assurer son maintien suffisamment rapidement pour ne plus trembler jusqu’au terme de la saison.

Le pilier ne veut notamment plus entendre parler d’Access Match.

« Nous avons de l’ambition et tant mieux. Il faut qu’on soit plus réguliers et surtout qu’on arrive à aller chercher le maintien le plus vite possible. Je ne veux pas rejouer cet access match. Une dixième place permettrait de faire évoluer le club et de faire évoluer l’équipe. »

Cette volonté est forcément liée à son expérience montpelliéraine. Forletta a vécu une saison extrêmement difficile lorsque le MHR avait dû passer par l’Access Match pour sauver sa place dans l’élite.

« C’était la pire année de rugby pour moi »

Cette période compliquée a d’ailleurs provoqué une réflexion beaucoup plus personnelle chez le Catalan.

En parallèle de son retour à Perpignan, Forletta s’est associé avec deux amis d’enfance pour ouvrir un restaurant-bar à Bompas. Une activité qui lui permet de commencer à préparer doucement l’après-rugby, sans pour autant détourner son attention de sa carrière.

C’est notamment la saison extrêmement difficile vécue à Montpellier qui lui a fait prendre conscience de la nécessité d’anticiper.

« Deux amis d’enfance m’ont proposé, l’an dernier, de m’associer à cette affaire alors que je ne savais toujours pas où j’allais. Et puis il y a eu l’année de l’access match à Montpellier où c’était très compliqué avec le staff. C’était la pire année de rugby pour moi. Je me suis dit « mon coco va falloir se bouger le cul ». »

Cette expérience lui a rappelé qu’une carrière pouvait rapidement basculer.

« Parce que s’il y a encore des années comme ça, il va falloir se réveiller et prévoir son après-carrière. J’ai eu cette opportunité, j’ai longtemps réfléchi et hésité mais au final, je me suis lancé avec eux. »

Son implication reste néanmoins compatible avec les exigences du rugby professionnel.

« Après, je suis joueur de rugby avant tout mais pour les événements, les idées, l’image, je suis là. Mais c’est eux qui gèrent le quotidien. Ça me permet en tout cas d’avoir autre chose, un autre objectif pour l’après rugby. Tu peux en tout cas prendre ce plaisir-là sans pression négative sur le rugby. »

Ses années loin de Perpignan l’ont profondément changé

Au-delà du rugby, Forletta revient surtout différent de celui qui avait quitté Perpignan en 2020.

Son passage loin de la Catalogne lui a d’abord apporté quelque chose d’infiniment plus important à ses yeux que sa carrière : sa famille et son enfant.

Mais ces années lui ont également permis de porter un regard différent sur son identité catalane et sur le monde extérieur.

« Une famille d’abord. Mon bébé. C’est le plus beau cadeau que j’ai pu avoir en partant. Puis une éclaircie. Une autre vision. Parce que le Catalan autocentré, je l’ai été. C’est bien, ça fait notre force. »

Avec le recul, le pilier estime néanmoins qu’il était nécessaire de sortir de cet environnement pour découvrir d’autres méthodes et d’autres cultures.

« Mais des fois, voir un peu ce qui se fait ailleurs, c’est bien, c’est important. Il faut s’ouvrir pour piocher ce qu’il y a de bien un peu partout. C’est ça en tout cas que j’ai appris, m’ouvrir au monde extérieur. »

Forletta revient donc là où tout avait commencé, mais avec une volonté très différente de celle d’un joueur simplement heureux de rentrer chez lui : prouver qu’à 32 ans, il peut encore devenir une meilleure version de lui-même.


Article rédigé par David Demri, fondateur du Blog des Supporters du RCT et spécialiste du Top 14.

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