« Il y avait du sang partout, j’ai appelé les pompiers » raconte un serveur du Mabillon
« Il y avait du sang partout, j’ai appelé les pompiers » raconte un serveur du Mabillon
Le mercredi 16 septembre 2026 à 21:36 par David Demri
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Au huitième jour du procès consacré à la mort de Federico Martin Aramburu, deux témoins présents à proximité des faits ont raconté ce qu’ils disent avoir vu dans la nuit du 18 au 19 mars 2022. Leurs récits ont précédé l’intervention de l’expert psychiatre ayant examiné Romain Bouvier.
Dans la salle Voltaire du palais de justice de Paris, les images de vidéosurveillance ont une nouvelle fois été diffusées devant Loïk Le Priol et Romain Bouvier. Un serveur du Mabillon puis un chauffeur-livreur ont livré leurs souvenirs, parfois altérés par les quatre années écoulées, mais toujours marqués par certaines scènes.
Le serveur connaissait déjà les deux accusés
Fabien, 33 ans, travaillait au Mabillon au moment des faits. Vers quatre heures du matin, il avait servi deux pintes et deux cheeseburgers à Federico Martin Aramburu et Shaun Hegarty.
Il connaissait déjà Loïk Le Priol et Romain Bouvier, qui fréquentaient selon lui l’établissement presque chaque week-end et commandaient régulièrement une côte de bœuf.
Le serveur se souvient notamment d’une relation particulière avec Loïk Le Priol. Midi Olympique relaye les propos du serveur :
« Le Priol voulait toujours être servi par moi parce que je le servais bien. Je ne sais pas pourquoi. »
Quelques minutes après le départ d’Aramburu et Hegarty, Fabien balayait la terrasse lorsque les détonations ont retenti. Il a alors vu l’ancien international argentin tomber avant de courir dans sa direction.
Le témoin affirme avoir été le premier à rejoindre la victime. Il a tenté de pratiquer un massage cardiaque, mais l’importance du saignement l’a rapidement contraint à arrêter.
La scène reste profondément ancrée dans sa mémoire.
« Il y avait du sang partout. J’ai vite arrêté, j’ai appelé les pompiers. »
Fabien n’a pas repris son activité pendant plus d’un mois après cette nuit. Lorsqu’il est retourné travailler, il a décidé de changer ses horaires et son quotidien. Il exerce désormais dans une brasserie pendant la journée et ne travaille plus la nuit.
« Une personne habillée comme Sherlock Holmes »
Christian, chauffeur-livreur, a ensuite témoigné devant la cour. Au moment des faits, il préparait une livraison pour un supermarché Carrefour et avait stationné son camion face à l’hôtel Welcome.
Depuis son véhicule, il a d’abord aperçu Shaun Hegarty et Federico Martin Aramburu remonter le boulevard Saint-Germain.
Le chauffeur décrit les deux anciens rugbymen tels qu’il les a perçus ce matin-là.
« Deux personnes alcoolisées. »
Une troisième silhouette est ensuite apparue dans son champ de vision. Le témoin l’identifiera plus tard comme étant Loïk Le Priol.
Un détail vestimentaire lui a permis de conserver une image précise de cet homme.
« Une personne avec un long manteau, habillée comme Sherlock Holmes. »
Selon le récit de Christian, une altercation a éclaté lorsque cet homme a rejoint Federico Martin Aramburu.
Le livreur affirme avoir vu plusieurs tirs dirigés vers la victime.
« Sherlock Holmes a pris une patate, a reculé puis a tiré au moins trois fois en direction de la personne. Il n’a pas tiré en l’air. »
Quatre ans plus tard, certains gestes et certains éléments de chronologie se sont brouillés dans son esprit. Le déplacement effectué par l’homme au long manteau après les coups de feu demeure cependant très présent.
Christian raconte le changement d’attitude qu’il dit avoir observé après les tirs.
« Après les tirs, Sherlock Holmes a couru vers la rue de Seine. Une fois là-bas, il s’est mis à marcher normalement. »
Le chauffeur est resté dans son véhicule pendant toute la scène.
Il explique cette absence de réaction par la crainte d’être également visé.
« J’ai eu peur qu’il me tire dessus. »
L’expert psychiatre évoque l’enfance de Romain Bouvier
L’audience s’est poursuivie avec l’intervention de M. Ledrait, l’expert psychiatre ayant examiné Romain Bouvier en octobre 2022.
Le spécialiste est notamment revenu sur un traumatisme ancien. Romain Bouvier aurait assisté aux violences conjugales commises par son beau-père contre sa mère, l’avocate Janine Bonaggiunta, sans parvenir à intervenir.
Cette impuissance aurait ensuite joué un rôle dans sa construction personnelle et sa quête d’identité.
Selon l’expert, Bouvier se serait progressivement attribué une mission particulière.
« M. Bouvier se voit comme un sauveur des femmes battues. »
M. Ledrait a également expliqué les difficultés rencontrées pendant son entretien avec l’accusé.
Le psychiatre décrit un homme conscient de ses capacités intellectuelles et capable de les utiliser pendant l’expertise.
« Ce n’est pas un exercice facile l’expertise psy avec Romain Bouvier. Il a des qualités cognitives et intellectuelles certaines et en joue beaucoup. »
À la fin de leur échange, l’expert lui avait proposé de travailler sur son enfance pour tenter de comprendre les mécanismes ayant conduit à ses différents passages à l’acte, notamment dans l’affaire Klein et dans celle relative à Federico Martin Aramburu.
L’avocat général a demandé au psychiatre s’il avait observé une remise en question chez Romain Bouvier.
La réponse de l’expert a été catégorique.
« Non. Il se considère en position de légitime défense et n’en démord pas. »
La douleur évoquée par Loïk Le Priol
M. Ledrait a également rencontré Loïk Le Priol à deux reprises. Lors de leur premier entretien, organisé pendant la période de Noël, l’accusé aurait exprimé sa souffrance en pensant aux enfants de Federico Martin Aramburu, contraints de passer les fêtes sans leur père.
L’expert a également évoqué un « mandat transgénérationnel ». Fils et descendant de militaires, Loïk Le Priol aurait suivi à son tour une carrière dans l’armée en considérant se trouver « du côté du bien ».
Son incarcération serait d’autant plus difficile à vivre qu’il se retrouve détenu auprès de personnes qu’il aurait autrefois considérées comme des « ennemis de la République ».
Concernant les faits, Loïk Le Priol affirme avoir été « outrageusement insulté » par Federico Martin Aramburu. Il explique également que le goût du sang dans sa bouche l’aurait replongé dans une scène de guerre vécue lorsqu’il appartenait aux commandos marine.
Les comptes rendus des expertises psychiatriques doivent se poursuivre jeudi au palais de justice de Paris.

