« Les joueurs ont lâché Pierre Mignoni » : Nans Coscia passe toute la crise du RCT au scanner

« Les joueurs ont lâché Pierre Mignoni » : Nans Coscia passe toute la crise du RCT au scanner

Le jeudi 8 octobre 2026 à 0:18 par David Demri

Publicité

Le départ de Pierre Mignoni a provoqué un véritable séisme à Toulon. Dans Tribune Mayol, diffusée sur BFM Toulon, Nans Coscia a longuement analysé la situation du Rugby Club Toulonnais.

Surprise de voir Mignoni partir, flou dans l’organisation du staff, manque de leaders, responsabilité des joueurs, urgence pour Franck Azéma, recrutement insuffisant et avenir du projet RCT Passion : il dresse un constat particulièrement sévère, tout en refusant de réduire le passage de Mignoni à son échec actuel.

Même après la débâcle de Montpellier, Nans Coscia n’imaginait pas Pierre Mignoni quitter aussi rapidement le Rugby Club Toulonnais.

Pour lui, le 28-0 encaissé dans l’Hérault a toutefois provoqué quelque chose de profond, notamment dans la relation entre l’équipe et ses supporters.

Il évoque une véritable cassure née de la manière dont Toulon s’est incliné.

« C’est un choc et c’est très surprenant. Il y a eu une cassure après ce match contre Montpellier, une cassure entre les supporters et le club car la manière de perdre a été très compliquée. Moi le premier j’ai été très surpris. Je ne voyais pas Pierre Mignoni démissionner. Je pensais qu’il allait y croire et qu’il allait s’accrocher. Ce n’est pas du tout un reproche, je ne lui reproche pas d’avoir démissionné, au contraire, il a pris ses responsabilités. Mais c’est très surprenant. Bernard Lemaitre lui faisait entièrement confiance donc je suis très surpris et c’est très tôt, à 48 heures de ce match contre Montpellier. »

Un « flou absolu » autour de Mignoni et Azéma

Au-delà des résultats, Nans Coscia revient sur l’organisation mise en place après le retour de Franck Azéma.

À ses yeux, la répartition des responsabilités n’a jamais été suffisamment lisible.

Il estime que Pierre Mignoni continuait à cumuler beaucoup trop de missions malgré son nouveau statut.

« On assiste beaucoup aux conférences de presse et il y avait un flou absolu sur le rôle de chacun depuis l’annonce du retour de Franck Azéma. Pierre Mignoni semblait un peu agacé quand on lui posait la question, mais maintenant avec le recul, la vérité est que ce n’était clair pour personne. Qui avait quel rôle ? Pierre Mignoni était annoncé comme directeur du rugby mais il n’était pas directeur du rugby, il était aussi manager général du RCT et aussi entraineur, entraîneur des trois-quarts… Il y avait trop de choses à gérer pour lui sans parler de RCT Passion. »

Et c’est précisément sur cette partie plus globale de sa mission que Coscia estime que le départ de Mignoni pourrait laisser des traces.

Il distingue son bilan avec l’équipe première du travail de structuration réalisé autour du club et de sa formation.

« Et c’est dommageable car autant sportivement avec l’équipe première, son bilan est à 50 – 50, autant il a restructuré le club et si on voit des jeunes c’est en partie grâce à Pierre Mignoni et à tous les membres de l’association RCT. Il leur donne du temps de jeu, il leur a fait comprendre qu’il y avait moyen de jouer en équipe première quand on est à Toulon. Et ça malheureusement, ce projet est en pointillés. »

« Ça semble être un abandon du groupe envers Pierre Mignoni »

La relation entre Mignoni et son vestiaire constitue l’autre immense sujet.

Nans Coscia reprend les éléments livrés par Bernard Lemaître après Montpellier : Gaël Fickou aurait pris la parole, mais Mignoni n’aurait ensuite reçu aucun message de ses joueurs.

Coscia prend soin de préciser qu’il ne dispose pas de toutes les informations permettant d’affirmer que le groupe avait volontairement lâché son entraîneur. Son ressenti est néanmoins très sévère.

Il décrit un vestiaire sans réaction au moment où la situation exigeait justement une révolte.

« Bernard Lemaitre explique qu’après le match contre Montpellier, il ne s’est rien passé. Gaël Fickou a un peu pris la parole devant le groupe mais Pierre Mignoni a raconté à Bernard Lemaitre n’avoir reçu aucun texto ni aucun message de la part de ses joueurs, ni le soir ni le lendemain. De là à dire que le groupe a lâché le coach, on n’a pas toutes les informations, mais ça semble être n abandon du groupe envers Pierre Mignoni qui n’a eu aucune réaction en seconde mi-temps contre Montpellier. C’est l’encéphalogramme plat, pas de révolte dans le vestiaire, aucun joueur ne se dit les choses. Il ne se passe rien et on peut comprendre que Pierre Mignoni décide d’arrêter. »

Fickou seul à parler, un manque de leaders qui interpelle

Pour Nans Coscia, le problème dépasse cependant la relation avec Mignoni.

Il estime que Toulon souffre depuis plusieurs mois d’un véritable déficit de leadership.

La situation de Gaël Fickou est révélatrice à ses yeux : arrivé seulement durant l’intersaison, le nouveau capitaine se retrouve déjà à devoir prendre la parole après une prestation aussi difficile.

Coscia s’interroge notamment sur certains joueurs beaucoup plus installés au RCT.

« Aussi, Lemaitre dit que le RCT a quelques cadres mais il a surtout des joueurs qui ne le sont plus. On vise probablement quelques joueurs avec un paquet de sélections et quand ils portent le maillot de Toulon, ils ne se passent plus rien. On connait le CV de Gaël Fickou mais il est arrivé à Toulon il y a trois mois seulement et c’est lui qui prend la parole dans le vestiaire en après-match… C’est le capitaine mais ce n’est pas forcément le capitaine qui doit prendre la parole. Il y a peut-être une grosse absence de leaders, on le répète depuis des mois et des mois, et Bernard Lemaitre le confirme. »

Le chroniqueur va même plus loin en s’interrogeant sur la composition du groupe de capitaines.

Il cite plusieurs joueurs Français qui pourraient, selon lui, endosser davantage de responsabilités.

« Les trois capitaines sont Gaël Fickou, David Ribbans et Lewis Ludlam. Il y a deux anglo-saxons pour un seul français et il n’y a pas de français devant. Des joueurs pourraient être capitaine devant comme Charles Ollivon, Teddy Baubigny, Esteban Abadie, même Jean-Baptiste Gros car il est là depuis longtemps. Ces joueurs manquent de caractère et c’est ce que leur a reproché Pierre Mignoni depuis un moment. »

« Franck Azéma va faire de la médecine de guerre »

Le départ de Mignoni change également totalement la mission de Franck Azéma.

Alors que l’organisation devait permettre de développer un projet beaucoup plus large, Nans Coscia pense que l’urgence sportive va désormais prendre le dessus.

RCT Passion et le développement des relations avec les clubs partenaires pourraient ainsi passer provisoirement au second plan.

Azéma doit avant tout remettre l’équipe première sur les rails.

« Avec Franck Azéma, je pense que nous sommes dans l’urgence. Je pense que le projet RCT Passion et le fait d’aller chercher des clubs partenaires, tout cela va être mis entre parenthèses. Pierre Mignoni le faisait plutôt très bien. On aurait aimé qu’il prenne vraiment du recul et qu’il reste dans la direction sportive pour travailler sur le recrutement et la montée des jeunes en équipe première. On aurait espéré cela car ce travail lui convient. Mais il a envie de coacher, c’est son droit. Franck Azéma va faire de la médecine de guerre, c’est l’urgence car il faut regagner des matches. Samedi, le Racing 92 va venir à Mayo et ils sont en train de se frotter les mains car ils connaissent le contexte très particulier. Franck Azéma doit se concentrer sur l’équipe première et sur le fait de gagner des matches et prendre des points. »

Une énorme pression sur Franck Azéma

Coscia refuse parallèlement de faire de Pierre Mignoni l’unique responsable de la construction de l’effectif actuel.

Si Toulon manque de leaders ou de joueurs capables de répondre présent dans le combat, il considère que les responsabilités doivent nécessairement être partagées.

Et il s’interroge déjà sur la situation dans laquelle Franck Azéma se retrouve brutalement plongé.

« On se demande qui a construit l’effectif : ce n’est pas Pierre Mignoni tout seul. On se rend compte qu’il n’y a pas de cadres, pas de leader, on se fait marcher dessus dans le combat à tous les matches. Pierre Mignoni n’est pas le seul responsable. La beauté de son geste c’est d’avoir pris ses responsabilités car son message ne passait plus. Peut-être que d’autres vont devoir prendre leurs responsabilités car s’il manque de bons leaders, de bons joueurs, ce n’est pas uniquement la responsabilité de Pierre Mignoni. »

Le retour d’Azéma devait s’effectuer dans un tout autre contexte.

« Concernant Franck Azéma, dans quel état mental est-il ? Ils sont un peu maudits car ils ont passé une saison ensemble puis une fois Frank est parti et maintenant c’est Pierre qui s’en va. Franck pensait revenir dans un projet carré et reconstruit. Il se retrouve avec une charge de travail énorme, des responsabilités énormes et une forte pression. Il y avait un vrai lien entre les deux et ça se passait bien. Mais mentalement, il y a un match à préparer samedi et une saison qui a très mal démarré. Il aura de sacrés responsabilités Franck Azéma. »

« Maintenant messieurs, il va falloir prendre vos responsabilités »

Pour Nans Coscia, la situation est désormais limpide : les joueurs n’ont plus personne derrière qui se cacher.

Il interprète les déclarations de Bernard Lemaître comme la confirmation d’une rupture entre une partie du vestiaire et Pierre Mignoni.

Son message adressé aux joueurs est particulièrement virulent.

« En réalité, ça ne dépend plus que des joueurs désormais. Quand on lit l’interview de Bernard Lemaitre de Var-matin, les joueurs ont eu la tête de Pierre Mignoni. Il faut être honnête car ils ne vont pas l’avouer ni l’assumer. Les joueurs ont lâché Pierre Mignoni, c’est ce qu’il a ressenti. Donc maintenant messieurs, il va falloir prendre vos responsabilités. Il y a des sélections, des joueurs qui veulent aller jouer la Coupe du monde en Australie… Maintenant c’est vous ! Ce n’est pas Mignoni qui plaque et qui ne sait pas faire trois passes ou qui se cache sur le terrain. La fameuse horde sauvage, elle n’était pas très sauvage contre Montpellier. Donc les joueurs, dès samedi, vont devoir assumer et prendre leurs responsabilités. Bernard Lemaitre est très agacé contre son groupe et il leur a fait comprendre. »

Plus que la défaite, c’est l’absence de combat qui ne passe pas

À Toulon, perdre n’est pas nécessairement rédhibitoire pour Coscia.

Ce qui a provoqué la cassure avec une partie du public est surtout la manière dont le RCT s’est comporté à Montpellier.

Pour lui, l’engagement reste une exigence fondamentale lorsqu’on porte le maillot Toulonnais.

« On peut perdre des matches à Toulon, ce n’est pas le souci. Mais tu ne peux pas perdre comme on l’a fait dimanche soir. Le combat c’est la priorité de ce club, plus que dans n’importe quel club et on a souvent des anciens qui viennent nous le dire sur le plateau. C’est toujours valable et les joueurs ne l’ont pas compris. Ils pensent que se faire marcher dessus, ça va passer, qu’on peut prendre 28 – 00 et que si on gagne le Racing de deux points tout est pardonné. C’est une grosse erreur. »

Une réaction dans le combat pourrait ainsi compter presque autant que le résultat aux yeux des supporters.

« Perdre même contre le Racing d’un point mais avoir du combat, gagner tes mêlées et avancer quand tu vas à l’impact, les supporters seront derrière toi. Mais la prestation de dimanche soir a été catastrophique dans l’engagement et le combat. C’est ce qui créé la cassure entre les supporters et les joueurs. »

Ce que Coscia veut retenir des années Mignoni

Malgré la situation actuelle, Nans Coscia refuse enfin d’effacer les bons moments vécus sous Pierre Mignoni.

Il retient particulièrement une période durant laquelle Toulon avait retrouvé le haut du classement et une ferveur qu’il n’avait plus ressentie depuis plusieurs années.

Le quart de finale européen contre Toulouse et la demi-finale de Top 14 constituent ses principaux souvenirs.

« Concernant le bilan de Pierre Mignoni, je veux retenir le quart de finale Européen perdu d’un point à Mayol contre le Stade Toulousain. On sentait enfin qu’il se passait quelque chose depuis les années Boudjellal. Le match tourne à l’avantage des Toulousains comme souvent dans le rugby. Puis cette demi-finale de Top 14 contre Bordeaux, on n’est pas invité. Mais pareil, il se passe quelque chose dans la ville et dans le club, on est 3ème juste derrière les deux grands clubs du Top 14 à savoir Toulouse et l’UBB. »

Il accorde en revanche moins d’importance à la Challenge Cup dans son appréciation globale.

Coscia préfère retenir la saison durant laquelle Toulon avait véritablement retrouvé, selon lui, une place parmi les meilleures équipes Françaises.

« Et je veux retenir cette période car la demi-finale de Champions Cup contre le Leinster on était déjà aux fraises en Top 14, personne ne nous voyait gagner la Coupe d’Europe. La Challenge Cup, on nous a expliqué que ça allait construire un groupe, que les mecs se payaient. Je pense que la Challenge Cup, tous les clubs qui l’ont gagné, l’ont mise dans l’armoire à trophée et on passe à autre chose. Je veux retenir cette saison qui a été la plus belle depuis les années Boudjellal. Et c’est un club qui s’est restructuré, qui a attiré des joueurs intéressants. On a aussi fait monter des jeunes avec le projet RCT Passion. »

« On a raté le wagon »

Reste enfin la question de l’effectif.

Pour Nans Coscia, Toulon aurait dû profiter de cette bonne saison pour renouveler davantage son groupe.

Il considère que le RCT était arrivé au bout d’un cycle et que certaines décisions de recrutement n’ont pas permis d’accompagner les progrès réalisés.

Il cite notamment le retour de Ma’a Nonu comme exemple d’un choix qu’il juge discutable.

« Le recrutement a été un peu manqué. On était arrivé au bout d’un cycle lors de cette demi-finale de Top 14 contre Bordeaux. Il aurait fallu rafraichir l’effectif et on ne l’a pas fait. Il y a eu des choix un peu douteux avec notamment Ma’a Nonu qui a 43 ans et il se retrouve à jouer des matches. Ce n’était peut-être pas la décision à faire, c’est un exemple. »

Pendant ce temps, estime-t-il, plusieurs concurrents directs ont continué leur progression.

Sa conclusion résume son inquiétude sur la trajectoire actuelle du RCT.

« Ce sont des petites erreurs qui ont fait que derrière, tout carbure et des Pau et Bayonne se structurent, Bordeaux qui continue à avancer comme Toulouse. On a raté le wagon. »


Article rédigé par David Demri, fondateur du Blog des Supporters du RCT et spécialiste du Top 14.
Ne ratez plus aucune actu rugby
Suivre Blog RCT sur Google

1 Commentaire

  1. Michel 8 octobre 2026 at 01h- Répondre

    Quel superbe article !… Que bien vouloir rajouter de plus après une telle évidence !.. Surtout pas de découragement, notre RCT va se relever . Il possède les hommes , à eux de nous montrer à present leur pleine détermination.

    C nul doute une dure epreuve pour le Club actuellement , mais quelque part , ne le fallait il pas. Il fallait réduire à néant cet abcès. C sans doute fait pour le moment en partie . Il y aura encore probablement des pansements à poser sur cette crise .

    Ça se produira en son temps . Nul doute . J’ai juste envie d’avoir belle et grande confiance pour croire au redressement de ce Club d’anthologie qui mérite beaucoup mieux que tout ce tintamare !…

    GO TOULON !….