Les très fortes confidences de Gabriel Lacroix sur le calvaire qu’il a vécu

Les très fortes confidences de Gabriel Lacroix sur le calvaire qu’il a vécu

Le samedi 16 mars 2024 à 10:03 par David Demri

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L’ancien ailier du Stade Rochelais, Gabriel Lacroix a été contraint de mettre un terme à sa carrière à seulement 24 ans.

C’est en raison d’une grave blessure à un genou que le Rochelais a dû se résoudre à arrêter le rugby.

Ce-dernier s’est longuement confié via Le Figaro.

Il a dans un premier temps expliqué aller bien. Extrait:

Aujourd’hui, ça va un peu mieux. Après ma blessure et la fin prématurée de ma carrière, j’ai eu des années compliquées. Cela n’a pas été facile. Maintenant, j’ai fait un peu le tour, j’ai voyagé, je sais ce que je veux, à savoir m’installer chez moi, dans le Gers. Ce coin me manquait énormément. Après, il y a le projet professionnel à continuer d’affiner. Sinon physiquement, je ne reviendrai jamais comme avant. Mais c’est comme ça. Et mentalement (il soupire), il y a eu des hauts et des bas, ça a été difficile. Quand tu as toujours vécu de ta passion, que tu n’as jamais eu à te poser des questions, que depuis tout petit tu es là-dedans… Le jour où ça bascule et que tu dois te reconvertir sans jamais avoir essayé autre chose, c’est dur.

Il affirme avoir passé des moments très compliqués. Extrait:

Je me suis énormément renfermé sur moi-même. J’ai développé une grosse bigorexie (dépendance excessive à l’activité sportive, notamment pour développer sa masse musculaire, NDLR). Cela peut faire sourire mais c’est véritablement compliqué à vivre. Il y a aussi le fait de ne pas trouver ce projet qui m’aurait permis de voir sur le long terme et de rester toujours bloqué sur quelque chose sans jamais vraiment accepter que ce soit fini… Dès que tu as un projet quelconque qui arrive, tu es toujours enthousiaste mais quand tu commences à comparer avec ce que tu faisais avant, tu te rends compte que ton projet est pourri. Et ensuite, tu repars dans un engrenage où c’est la merde. Clairement.

Il précise ressentir encore beaucoup de douleurs à son genou. Extrait:

J’ai cette addiction au sport… Je fais aussi ce que me permet de faire mon genou mais je continue à le pousser pas mal donc il y a encore beaucoup de douleurs. J’ai appris à vivre avec. C’est une douleur qui fait partie de moi maintenant. J’ai le droit, je crois, de faire tous les sports. Je n’ai juste plus le droit d’en faire mon métier, d’avoir de contrat de travail vu que j’ai subi une perte de licence suite à l’arrêt de ma carrière. Mais après, cela ne repose que sur moi. Si je veux bousiller mon genou, je continue à fond. Et si je ne veux pas, je freine. Personne ne m’interdit rien, je peux faire un peu ce que je veux.

Il estime s’être blessé alors qu’il était en train de s’épanouir. Extrait:

J’étais en train de monter, de m’épanouir encore plus. Au plus fort, je ne l’espère pas, je pense que j’aurais pu performer un petit moment et un peu mieux que ce que je faisais, et pourquoi pas disputer des Tournois. Quand je me suis blessé, je venais de jouer ma première sélection et il y avait un Tournoi qui arrivait derrière. J’aurais pu vivre encore un peu plus de bons moments en club et, pourquoi pas, en équipe de France.

Concernant son activité professionnelle, il se cherche encore. Extrait:

Pour l’instant, je suis en recherche. J’ai quelques pistes, je regarde les opportunités, que ce soit dans le rugby ou dans des secteurs qui me plaisent, comme l’agriculture ou le bâtiment. Ça part un peu dans tous les sens mais je préfère prendre le temps pour enfin pouvoir me lancer à 100 % dans un projet sur le long terme.

Il explique pourquoi il n’est pas resté au sien du staff technique du Stade Rochelais. Extrait:

Le Stade Rochelais m’a proposé une reconversion mais c’était compliqué de rester au club, de rester au milieu des mêmes mecs avec qui je jouais sans pour autant jouer, faire partie de l’équipe sans en faire vraiment partie… La situation était compliquée. Je n’ai pas réussi à la gérer donc j’ai préféré couper et partir à l’autre bout du monde en pensant que cela allait me faire du bien. Au final, pas vraiment. Je pense qu’il fallait et qu’il me faut encore du temps.

Il indique avoir été aidé lors de l’arrêt de sa carrière. Extrait:

On a essayé de m’aider. Mais je pense que c’est moi qui me suis renfermé. Après, sur le sujet de la santé mentale, lorsque j’ai arrêté, on en parlait moins que maintenant. Ce n’était pas la folie… Le fait de voir un psychologue, ce n’était pas encore démocratisé. Ça ne l’est toujours pas vraiment actuellement mais ça ne l’était pas du tout à l’époque. Oui, on m’a envoyé voir quelqu’un. Mais cette personne n’était pas un psychologue du sport. Je l’ai vu une fois, je me suis dit ’’hop, ce n’est pas pour moi, j’arrête, je vais me débrouiller tout seul’’. C’est peut-être une erreur de ma part. J’aurais peut-être dû basculer vers un autre spécialiste de la santé mentale et ça m’aurait permis d’avancer et de me faire gagner des années. Je pensais que j’allais gérer la chose, que ça allait passer, que j’allais basculer vers mon nouveau projet professionnel… Mais ça se fait petit à petit, on se rend compte de rien. Tu démarres des projets que tu avortes. J’ai eu énormément de sollicitations, peut-être même trop. J’étais perdu dans tout ça. Je n’ai pas réussi à passer le cap.

Il affirme avoir rapidement repéré ceux qui allaient le laisser tomber. Extrait:

Les personnes que je sentais capables de me laisser tomber si un jour ça n’allait pas, je les ai vite mises de côté. Bien sûr que, dans ce milieu, et pas que celui-là, dès qu’il y a de l’argent, de la médiatisation, on en retrouve partout. Quand tu es au sommet, tout le monde est là, tout le monde te soutient mais quand ça ne marche plus, personne ne veut tomber avec toi. J’étais préparé à ça. A contrario, il y a plein de personnes du milieu du rugby qui ont essayé de m’aider, de m’accompagner mais c’était moi. Avec le recul, je n’arrivais pas à franchir le cap.

Son plus grand regret ? Ne pas avoir profité de sa carrière. Extrait:

Je me dis, put***, je me plaignais sans arrêt alors que si seulement je pouvais faire marche arrière et continuer à jouer avec la vie que j’avais… On n’était pas trop mal. Je regrette juste de m’être trop plaint et de ne pas avoir assez profité. Et de ne pas avoir réussi à préparer cette après-carrière qui peut arriver plus vite que ce que l’on pense. Pas avoir profité des installations au club, des aides de Provale (le Syndicat national des joueurs de rugby) ou de la Fédération pour passer des diplômes à côté du rugby. C’est sûrement mon plus gros regret.

Il souhaite désormais avancer dans ses projets. Extrait:

J’ai commencé plein de choses sans jamais les finir et même les commencer. J’avais toujours quelque chose qui me retenait. J’ai vraiment envie d’avancer, d’avoir quelque chose de sérieux, de me lancer à fond et de passer enfin à autre chose.

Je n’attends rien (rires). Si ça vient ça vient ; si ça ne vient pas ça ne vient pas. Je trouverai quelque chose que j’aime bien et dans lequel je vais m’épanouir. Ça a pris beaucoup plus de temps que ce que je pensais. Certaines personnes arrivent à tourner la page plus facilement et il y en a d’autres pour qui c’est plus compliqué.

S’il regrette sa carrière, en revanche, il indique que lorsqu’il jouait, il se foutait totalement du monde du rugby. Extrait:

C’est fou parce que, quand j’étais joueur, je n’étais pas un grand fan de rugby. Je ne regardais pas les matches de rugby, j’étais l’un des seuls qui ne connaissait aucun nom des mecs qu’on affrontait, je m’en foutais. Je voulais juste jouer, avoir des ballons, me faire plaisir et boire des bières avec les copains après. Si vous m’aviez posé la question lorsque j’étais joueur : « est-ce que le rugby va te manquer quand tu vas arrêter ? », j’aurais répondu : « jamais ! » Je m’en foutais du monde du rugby. Sauf que maintenant, je regrette. Je me dis que c’était bien et que ça me manque.

Je regarde les matches. Je ne suis pas un dingue sur mon canapé mais j’aime bien regarder, plus que quand je jouais. C’est bizarre mais j’aime aller au stade, je suis allé voir le Stade Toulousain, La Rochelle, ça m’a fait du bien. Je m’y mets ! Les gens m’ont reconnu, j’ai gardé des liens avec les supporters de La Rochelle. Ce sont des gens incroyables, bienveillants… C’est sain.

Il ne manque pas de remercier le club de La Rochelle. Extrait:

Le président Merling, Xavier Garbajosa, Patrice Collazo… Ce sont des gens qui m’ont fait confiance. J’étais le petit ailier casqué d’Albi jugé trop frêle pour jouer un jour au haut niveau. Ils m’ont mis à l’aise. J’ai eu de la chance d’arriver au moment où le club prenait un nouveau virage dans son histoire. C’est une ville magnifique avec des supporters géniaux… C’était et c’est le club de mes rêves.

Pour conclure, Gabriel Lacroix tacle ceux qui crache très facilement sur le XV de France dès que les Bleus fonctionnent moins bien. Extrait:

Je déplore vraiment le retournement de veste de pas mal de personnes qui, maintenant, ont des facilités à leur cracher dessus quand il y a un petit coup de mou. On a vu face au pays de Galles qu’ils étaient capables de faire de très belles choses. Je pense que le groupe et le vivier de jeunes joueurs français sont incroyables. Le travail fait par les éducateurs en amont dans les petits et moyens clubs est remarquable. Aujourd’hui, on est l’une des meilleures nations du monde. Il faut en profiter.

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