Mercato permanent : Comment le rugby français a dépassé les dérives du foot
Mercato permanent : Comment le rugby français a dépassé les dérives du foot
Le jeudi 23 avril 2026 à 9:29 par David Demri
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Le rugby professionnel français a-t-il perdu la boussole ? Jadis encadré par des règles strictes, le marché des transferts est devenu une foire permanente où la stabilité n’est plus qu’un lointain souvenir.
Entre jokers médicaux généralisés, joueurs supplémentaires et prêts en cascade, les effectifs se font et se défont désormais « en direct », transformant les clubs en halls de gare.
Hugo Reus : Le voyageur malgré lui
L’ouvreur prodige, champion du monde U20, est devenu le visage de ce « grand n’importe quoi » administratif.
En l’espace de seulement quatorze mois, Hugo Reus a porté les couleurs de quatre institutions différentes : La Rochelle, Montpellier, Perpignan, et enfin Bordeaux-Bègles depuis la fin mars.
Une situation que le principal intéressé assume avec une pointe d’amertume :
« Trois clubs en une saison, ce n’est pas forcément quelque chose que j’afficherai sur mon palmarès. »
Ce parcours erratique illustre la dérive d’un système qui privilégie la consommation immédiate à la construction durable.
Un marché aux esclaves ?
L’inflation ne touche pas que les salaires des managers, elle remplit surtout les poches des intermédiaires. Avec 15 millions d’euros de commissions cumulées selon la LNR, le libéralisme galopant du rugby français dépasse désormais les cadres du football, où les transferts en cours de saison restent limités à des fenêtres précises.
Cette marchandisation à outrance pose une question d’éthique au cœur d’un sport qui se gargarise pourtant de ses « valeurs ». Voir des joueurs changer de casaque comme de chemise en plein hiver renvoie l’image d’un « marché aux esclaves » où les hommes sont traités comme de simples variables d’ajustement comptables comme l’explique Midi Olympique.
De nombreux joueurs ont changé de club en cours de saison : on pense à Enzo Hervé qui a quitté le RCT dès le mois de septembre pour rejoindre Castres ou encore Tomas Albornoz qui a quitté Trévise pour rejoindre Toulon en décembre dernier.
Pour sa part, Mahamadou Diaby a quitté l’UBB pour rejoindre l’USAP l’été dernier puis a décidé de partir de la Catalogne pour rejoindre Montpellier en mars. De son côté, Jonny Gray a quitté l’UBB pour rejoindre l’USAP.
Entre l’UBB et Montpellier, c’est carrément un échange qui a été effectué : Jon Echegaray a quitté l’UBB pour le MHR, l’ailier Madosh Tambwe a fait le chemin inverse.
Interrogé par Sud-Ouest, Bernard Laporte a expliqué ces changements récurrents :
« Vous savez, il y a tellement de spécificités dans le rugby ! Si tu pètes un ou deux joueurs à des postes tels que celui de pilier ou d’ouvreur, tu peux vite te retrouver en difficulté. Or comme les masses salariales sont encadrées, tu es obligé d’aller chercher des solutions sous forme de prêts pour t’adapter. Pour revenir sur l’échange entre Etchegaray et Tambwe, le premier n’avait pas beaucoup de temps de jeu à Bordeaux et nous, de notre côté, nous avions trop de non Jiffs. »
L’agent Miguel Fernandez se confie également :
« Les causes des prêts sont assez simples. Cela permet de réaliser des ajustements pour répondre à la réduction des masses salariales ou à des situations sportives. Si tout le monde est d’accord, le club comme le joueur, je n’y vois pas une dérégulation. Au contraire, ça peut être pertinent. C’est juste un moyen d’ajuster son effectif. »
Du côté de Provale, on se réjouit des prêts comme l’explique Mathieu Giudicelli :
« Le prêt est positif pour les joueurs qui ont besoin de temps de jeu. Lorsqu’ils sont dans une situation où c’est bouché, cela peut permettre de se relever. Avant toute chose, les joueurs ont besoin de jouer pour se sentir bien. S’il faut rester vigilant, le prêt est encadré. »
La fin de la culture club
À force de vouloir tout, tout de suite, le Top 14 oublie que la performance naît de la stabilité. En dévoyant l’esprit initial des jokers médicaux — créés à l’origine uniquement pour la sécurité des piliers — les instances ont ouvert la boîte de Pandore.
Aujourd’hui, n’importe quel club peut colmater une brèche en quelques clics, au détriment de la formation et de l’identité des équipes. Hugo Reus restera dans les annales comme le symbole d’une époque où le rugby a confondu flexibilité et instabilité chronique.
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Quel bordel..non ???