« Quand l’armée s’est terminée, j’ai dépassé toutes les limites » : Les récits glaçants de Loïk Le Priol

« Quand l’armée s’est terminée, j’ai dépassé toutes les limites » : Les récits glaçants de Loïk Le Priol

Le jeudi 10 septembre 2026 à 14:02 par David Demri

Publicité

Confronté à la succession de faits violents ayant marqué son parcours, Loïk Le Priol n’a pas cherché à nier l’évidence devant la cour d’assises. Interrogé sur sa dangerosité par l’avocat général, l’accusé dans le procès de l’assassinat de Federico Martin Aramburu a livré une réponse particulièrement marquante.

Le président de la cour a longuement retracé les bagarres, les armes et les condamnations qui jalonnent son histoire. Dans certaines affaires, Le Priol affirme avoir été victime. Dans beaucoup d’autres, il a été condamné ou mis en cause comme auteur de violences. L’équipe revient en détails sur ce moment de l’audience.

Loïk Le Priol reconnaît son profil violent

L’avocat général lui a d’abord demandé s’il pouvait être qualifié de « bagarreur ». Loïk Le Priol a répondu : « Oui, vous avez raison. » Le magistrat a ensuite mis en doute la sincérité de ses regrets, estimant que ses déclarations de contrition pouvaient apparaître comme de la « monnaie de singe ». L’accusé lui a donné la même réponse.

Interrogé sur sa propension à se placer dans des situations dangereuses, Le Priol n’a pas contesté.

« Vous êtes quelqu’un qui peut se mettre souvent dans des situations à risque, des situations de violence ? »

« Affirmatif. »

L’avocat général a alors établi un lien direct entre le port d’une arme chargée et le risque de s’en servir.

La dernière question du magistrat a provoqué l’une des réponses les plus fortes de l’audience.

« Quand on sort avec une arme chargée, on prend le risque de l’utiliser. D’où la dangerosité. Vous avez un profil de dangerosité, monsieur Le Priol ? »

« Au vu des faits, c’est clair. »

« J’ai décidé d’avoir une arme »

La cour est également revenue sur les trois extorsions avec arme dont Loïk Le Priol affirme avoir été victime. Ces agressions auraient profondément modifié son rapport à la sécurité et l’auraient poussé à s’armer.

L’accusé reconnaît aujourd’hui que cette décision relevait de la folie.

« Je ne suis pas fier, je me suis fait dépouiller dans mon quartier, dans ma banlieue, par une bande. Ça n’a pas amélioré mon sentiment de sécurité. J’ai porté plainte, il ne s’est rien passé. Je me suis senti abandonné et à la suite de ça, j’ai décidé d’avoir une arme. Ce que je regrette. C’était une pure folie. »

Le président a ensuite évoqué un « déferlement de violence » sur une route corse, puis une bagarre devant l’établissement Chez Castel. Romain Bouvier, également jugé dans l’affaire Aramburu, se trouvait déjà aux côtés de Le Priol lors de ces épisodes.

Les deux hommes avaient encore participé à une expédition punitive contre Edouard Klein, ancien responsable du Groupe Union Défense. Cette affaire avait valu trois années de prison ferme à Bouvier et deux à Le Priol.

La relation particulière avec Romain Bouvier

Devant la cour, Romain Bouvier a présenté son coaccusé comme un « membre de sa famille » et un « héros de guerre ». Une admiration qui a conduit les débats à s’interroger sur la nature et l’équilibre de leur relation.

Bouvier n’est notamment pas parvenu à verbaliser la responsabilité de Le Priol dans un accident de la route commis en état d’ébriété. Une amie d’enfance qu’il présente comme sa sœur avait été plongée dans le coma. Le Priol a pourtant été condamné dans ce dossier.

La cour a également examiné les images de l’agression d’Edouard Klein. Sur la vidéo, Le Priol apparaît muni d’un couteau et profère des menaces.

Les mots prononcés au cours de cette expédition punitive ont été rappelés à l’audience.

« Tu sais que j’en ai buté plus d’un là-bas. Tu sais que le coupe-gorge, ça va très vite. »

Confronté à ces images, l’accusé a reconnu la gravité de son comportement.

Le Priol assure avoir été totalement hors de contrôle à cette époque.

« J’étais dans un état lamentable, je faisais n’importe quoi. »

Il a expliqué sa colère par ce qu’il décrit comme une « trahison intime » de la part d’Edouard Klein.

Selon lui, l’ancien responsable du GUD avait tenu un discours incompatible avec les violences qui lui étaient ensuite reprochées.

« Je l’idéalisais. Pour m’attirer au GUD, il m’avait tenu le discours qu’on pouvait changer les choses pour les femmes subissant des violences. Et là, j’apprenais qu’il avait violenté deux filles dont une est une amie d’enfance. Ça m’a mis en rage. »

Loïk Le Priol a par ailleurs minimisé son implication idéologique dans le mouvement d’extrême droite.

Il reconnaît avoir été influencé par certains discours, mais refuse l’image d’un militant actif.

« Je n’ai jamais collé une affiche. Je n’ai jamais été un grand idéologue mais à une période de ma vie, j’ai pu être perméable à un certain discours. »

L’accusé a ajouté que cette supposée trahison lui était d’autant plus insupportable qu’Edouard Klein savait que sa sœur avait été victime d’une agression sexuelle.

Des accusations de violences racistes contestées

Un avocat des parties civiles a ensuite interrogé Le Priol sur le témoignage d’un ancien camarade affirmant qu’il aurait poussé des élèves sur les voies de chemin de fer lorsqu’il était collégien à Angers. L’accusé a refusé de répondre sur le fond.

« Je n’évoque pas la presse à scandales, les torchons politisés. »

La cour a également abordé une affaire de violences à caractère raciste. Le Priol a reconnu l’agression, mais continue de nier la circonstance aggravante raciste.

Son passage à Djibouti en 2015 a lui aussi été évoqué. Alors militaire, il avait été mis en cause pour des violences sur une prostituée érythréenne. Il a toujours dénoncé un coup monté. L’armée avait finalement accepté de verser une transaction financière de 1 812 euros.

Face à cette accumulation, le président a lancé : « Ça fait beaucoup, monsieur Le Priol. » L’avocat général a pour sa part interrogé l’absence d’évolution apparente dans son comportement comme dans celui de Romain Bouvier.

« Quand l’armée s’est terminée, j’ai dépassé toutes les limites »

En 2015, Loïk Le Priol avait été rapatrié avec un diagnostic de stress post-traumatique. Deux ans plus tard, l’armée l’avait radié après l’affaire Klein.

L’accusé considère que la médiatisation du dossier avait pesé dans cette décision.

« En raison d’un article de Mediapart. Déjà à l’époque, les médias décidaient de beaucoup. »

Entré à l’école des mousses de Brest à 16 ans avant de rejoindre le commando des forces spéciales de Montfort, Le Priol estime que son expérience militaire l’a profondément transformé.

Il situe son basculement après son retour de Djibouti et son départ de l’armée.

« Je n’étais plus moi-même au retour de Djibouti. Quand l’armée s’est terminée, j’ai dépassé toutes les limites. »

Sa famille l’avait trouvé renfermé, hypervigilant et sujet à des terreurs nocturnes après ses différentes opérations. Sa mère a résumé son sentiment avec des mots particulièrement amers.

« Ils ont envoyé mon gamin faire des trucs pas possibles à 18 ans et l’ont viré comme un malpropre. »

Loïk Le Priol a notamment raconté une intervention au Mali durant laquelle sa Jeep avait essuyé une rafale. Il se souvient encore du bruit des balles à proximité de ses oreilles.

L’ancien militaire a décrit le basculement brutal entre la vie en France et la réalité des opérations.

« On quitte notre petite sécurité française et on va où c’est le plus violent et on ne sait pas comment on va réagir. »

Interrogé par ses avocats sur ce que l’institution militaire lui avait transmis, Le Priol a livré une définition très personnelle de la fraternité entre soldats.

Il affirme que l’armée lui aurait appris à dépasser les différences entre les hommes.

« L’armée, c’est mieux que le vivre ensemble, c’est le combattre ensemble. C’est le mourir ensemble. Il n’y a pas de différences dans l’armée. »

Invité à raconter les scènes qui continuent de le hanter la nuit, Loïk Le Priol a d’abord refusé. Il a ensuite prononcé quelques mots difficiles à entendre à propos d’un enfant qu’il aurait tenu dans ses bras, avant de fondre en larmes et de rester silencieux jusqu’à la fin de son interrogatoire.


Article rédigé par David Demri, fondateur du Blog des Supporters du RCT et spécialiste du Top 14.
Ne ratez plus aucune actu rugby
Suivre Blog RCT sur Google

0 Commentaire