« S’il y a un contrôle antidopage surprise, on l’enverra chez lui avec l’arrêt de travail » : les incroyables écoutes révélées autour d’un club du Top 14
« S’il y a un contrôle antidopage surprise, on l’enverra chez lui avec l’arrêt de travail » : les incroyables écoutes révélées autour d’un club du Top 14
Le samedi 26 septembre 2026 à 12:05 par David Demri
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Pendant plusieurs années, les enquêteurs ont écouté certaines conversations liées au secteur médical du Castres Olympique dans le cadre de l’enquête portant notamment sur de possibles faits de dopage.
L’Équipe dévoile plusieurs échanges particulièrement saisissants : inquiétude du médecin historique du CO, ordonnances accessibles, joueur positif au cannabis, tests Covid réalisés de manière étonnante ou encore discussions autour des analyses sanguines des joueurs. Des écoutes qui n’ont toutefois pas permis d’établir l’existence d’un dopage organisé au sein du club.
L’enquête débutée en 2019 va progressivement conduire les douaniers à s’intéresser au fonctionnement médical du Castres Olympique et aux données biologiques de certains joueurs.
Dans ce cadre, plusieurs membres du secteur médical vont notamment être placés sur écoute.
« Je risque la garde à vue, hein ! »
Une conversation du 2 juin 2021 rapportée par L’Équipe illustre l’inquiétude qui commence alors à gagner Jean-François Ferrié, médecin historique du Castres Olympique depuis 1989.
Celui qui est surnommé « Max » apprend que des personnes du club ont été interrogées.
Au téléphone avec une proche, Ferrié ne cache alors pas son inquiétude :
« Des gens au Castres Olympique ont été interrogés, et personne ne me le dit, con ! Je risque la garde à vue, hein ! »
Le médecin évoque ensuite les conditions dans lesquelles les documents médicaux étaient conservés quelques années auparavant.
Et sa description interpelle :
« Le souci c’est qu’entre 2013 et 2019, on était dans l’ancien bureau, ouvert à tout le monde. Les ordonnances traînaient. Tu pouvais les prendre comme tu voulais… »
À ce moment-là, Ferrié semble craindre que l’enquête ne débouche sur une affaire de dopage touchant le CO. Les investigations finiront pourtant par ne mettre au jour aucun système organisé de ce type.
Un joueur positif au cannabis éloigné avec un arrêt de travail
Les écoutes vont également permettre aux enquêteurs de découvrir d’autres pratiques au sein du secteur médical.
En mai 2021, un jeune joueur du club est contrôlé positif au cannabis lors d’un test urinaire réalisé par le Castres Olympique.
Selon L’Équipe, un autre médecin du CO lui aurait alors délivré un arrêt de travail.
La raison donnée à l’un de ses collègues est particulièrement explicite :
« S’il y a un contrôle antidopage surprise, on l’enverra chez lui avec l’arrêt de travail. »
L’épisode apparaît dans les investigations sans pour autant démontrer l’existence d’un système de dopage organisé.
Des tests Covid effectués « sur le bout du nez »
Une autre séquence interceptée remonte à avril 2021, en pleine période Covid.
D’après les éléments dévoilés par L’Équipe, des médecins s’arrangent alors pour limiter le risque de voir certains joueurs être testés positifs.
L’écouvillon n’aurait ainsi été placé que « sur le bout du nez ».
Une conversation résume très directement la préoccupation du moment :
« Sinon, ça va être la merde ! »
Les interceptions téléphoniques vont se poursuivre après le transfert du dossier au pôle de santé publique de Paris en juin 2022.
Des résultats biologiques qui font réagir au téléphone
Les échanges entre le laboratoire Cerballiance, chargé des analyses du Castres Olympique, et un médecin du club attirent notamment l’attention des enquêteurs.
Le laboratoire évoque plusieurs joueurs présentant des valeurs de créatine élevées ainsi que des CPK, les créatines kinases, supérieures à 2000.
L’échange retranscrit par L’Équipe montre la manière dont ces résultats étaient commentés :
« – Bilan classique. On a plusieurs joueurs qui ont des créat’ (créatine) augmentées. Deux qui n’étaient pas connus. Après toujours les mêmes.
– D’accord, ouais, ce sont les mecs qui avaient fait le match.
– Voilà et après j’ai des CPK (créatine kinase) supérieures à 2000.
[…]
– Ah oui, eux ce sont des gars du centre de formation.
– Y a pas les LH (hormone lutéinisante) pourris là ? (Rires)
– Ah ça, je ne les ai pas encore ! Là, c’est que le bilan classique euhh bio… hémato… ! »
Ces résultats biologiques peuvent sembler particulièrement inquiétants lorsqu’ils sont considérés isolément.
Mais c’est précisément l’une des difficultés rencontrées durant toute l’enquête : les paramètres biologiques des rugbymen professionnels peuvent être très éloignés des valeurs observées dans la population générale sans que cela ne constitue une preuve de dopage.
« Il y aurait 40 mecs qui iraient à l’hôpital après chaque bilan »
Après la perquisition du centre d’entraînement du Levezou en avril 2023, certains membres du personnel médical commencent à redouter que les enquêteurs leur reprochent de ne pas avoir suffisamment réagi aux anomalies signalées par les laboratoires.
Un médecin explique alors pourquoi il juge extrêmement difficile d’ouvrir des investigations médicales supplémentaires à chaque valeur inhabituelle.
Sa formule est spectaculaire :
« Je leur ai dit [aux enquêteurs] : si je devais investiguer en me basant sur les résultats des biologies qu’on a […] il y aurait 40 mecs qui iraient à l’hôpital après chaque bilan, quoi. »
Pour les professionnels interrogés dans le cadre de l’enquête, la masse musculaire considérable des joueurs, les efforts physiques ou encore les chocs subis peuvent expliquer une partie de ces résultats hors normes.
« Tichit ? Nan ! Il est gras comme un cochon »
La perquisition de 2023 provoque également des interrogations et des rumeurs dans l’environnement médical.
Selon L’Équipe, des médecins discutent notamment entre eux de certains joueurs, se demandant si des éléments auraient pu être importés de l’étranger.
Les questions posées par les douaniers sont également commentées, parfois sur le ton de la plaisanterie.
Le nom du pilier Tichit apparaît ainsi dans une conversation :
« Tichit ? Nan ! Il est gras comme un cochon, ce n’est pas lui qui se dope ! »
Une plaisanterie interceptée par les enquêteurs qui, là encore, ne constitue évidemment aucun élément permettant d’impliquer le joueur dans une pratique dopante.
« La cortisone, le dopage du pauvre »
L’enquête met enfin en lumière des divergences au sein même du secteur médical du Castres Olympique.
Certains médecins ne souhaiteraient notamment plus travailler avec Jean-François Ferrié, présenté comme appartenant à une génération plus ancienne de la médecine du rugby.
Une époque durant laquelle, selon les conversations rapportées par L’Équipe, on « cortisonait beaucoup ».
L’un des interlocuteurs emploie alors une expression particulièrement frappante pour parler de la cortisone :
« Le dopage du pauvre. »
Malgré ces conversations, les interrogations suscitées par certaines analyses biologiques et la perquisition du centre d’entraînement, les années d’investigations n’ont finalement pas permis d’établir l’existence d’un dopage organisé au Castres Olympique. L’enquête, dont la fin a été signifiée le 26 août 2026, n’a notamment retrouvé aucune substance interdite dans les 19 échantillons de compléments alimentaires analysés.


Les springboks sont ciblés sur le dopage, mais très honnêtement je fais partie de ceux qui pensent qui si on sort du déni 3 secondes le dopage est de partout, de tels gabarits exceptionnels à la fois massifs et secs qui dépassent les 100kg avec une capacité de courir le 100m en moins de 12 secondes et parfois tenir un match de 80 minutes pour moins c’est tout sauf humain.
Oui c’est des sportifs de haut niveau mais je pense qu’on est autant dans le déni que le cyclisme 30/40 ans en arrière sur ce sujet
Complètement d’accord, il existe des physiques avec des génétiques exceptionnelles mais là c’est tous les joueurs du top 14 qui possèdent des physiques avec des capacités monstrueuses…
Probablement vrai.
Mais le dopage ce n’est pas binaire.
y’a le petit dopage.
Genre t’es blessé tu prends de la cortisone par voix orale. C’est du dopage.
tu prends des hormones de croissance, de la testo, des stéroïdes et de l’Epo, c’est aussi du dopage, mais sans commune mesure.
Alien je suis d’accord
J’étais ami avec un kiné dans le sport et qui tournait sur un évènement sportif connu de tous qui me disait exactement la même chose.
Et puis moi ça me va comme explication, ça me rassure sur mon physique 🙂
Ahhhhhh , pourtant Castres a été plusieurs fois Champion de France en mangeant de la Charcuterie de Lacaune .
Le dopage ce n’est donc pas uniquement en Afrique du Sud…??? M….Alors..MDR…
Le club commence vraiment à interpeller …
CE club (CO)
Encore un tricheur
Quelle honte ce club de tricheurs. Il faudrait une sanction exemplaire
On comprend mieux pourquoi depuis cette enquête le CO brille moins…