Frappé par derrière et mis KO à 19 ans : cet arbitre de rugby raconte l’agression qui a failli tout lui faire arrêter

Frappé par derrière et mis KO à 19 ans : cet arbitre de rugby raconte l’agression qui a failli tout lui faire arrêter

Le jeudi 1 octobre 2026 à 16:07 par David Demri

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À seulement 19 ans, Simon Lloret a vécu ce qu’aucun arbitre ne devrait connaître. En février 2024, lors d’un match amateur dans le Var, le jeune homme a été frappé par derrière à la mâchoire après avoir expulsé un joueur.

Mis KO, profondément marqué psychologiquement et suivi pendant trois mois par un psychologue, il a sérieusement envisagé d’abandonner l’arbitrage. Deux ans plus tard, il raconte au Parisien sa reconstruction et affiche une ambition immense : devenir professionnel et, un jour, arbitrer une Coupe du monde.

Simon Lloret n’a rien oublié de cette rencontre de Régionale 2 entre le Racing Club du Las et Le Beausset.

Le match est compliqué mais reste sous contrôle. Jusqu’à la 75e minute.

Un joueur l’insulte. L’arbitre décide alors de lui adresser un carton rouge. Lorsqu’il se retourne, tout bascule.

« Il arrive par derrière et me frappe au niveau de la mâchoire »

Dans un entretien accordé au Parisien à l’occasion des Journées de l’arbitrage, Simon Lloret raconte précisément cette scène qui va profondément le marquer.

Le jeune arbitre n’a même pas le temps de voir arriver son agresseur. Il s’est longuement confié pour Le Parisien :

« C’était un match un peu compliqué, mais ça se passait relativement bien. À la 75e minute, un joueur m’insulte. Je lui mets un carton rouge et, au moment où je me tourne, il arrive par derrière et me frappe au niveau de la mâchoire. Je suis KO. On m’a relevé, j’ai repris connaissance. Et après, je suis rentré au vestiaire. Je ne comprenais pas trop ce qui se passait. C’était très flou. Le match a bien évidemment été arrêté. Un de mes collègues arbitre m’a ensuite déposé chez mes parents. »

Le choc ne disparaît évidemment pas en quittant le terrain.

Simon Lloret obtient trois jours d’ITT et porte plainte contre son agresseur. L’instruction est toujours en cours. Sur le plan sportif, le joueur a écopé d’une lourde sanction disciplinaire équivalente à une radiation à long terme.

Mais les conséquences psychologiques vont être bien plus longues à surmonter.

« J’avais seulement 19 ans… »

Pendant trois mois, Simon Lloret est accompagné par un psychologue.

À seulement 19 ans, il commence même par se demander s’il n’est pas en partie responsable de ce qui vient de lui arriver.

Il décrit un véritable traumatisme après cette agression.

« Psychologiquement, c’était vraiment dur. J’ai vécu un traumatisme, j’avais seulement 19 ans… On arbitre pour le plaisir et non pour se faire frapper. Je me suis dit que j’avais peut-être fait des choses mal. Alors qu’en soi, non. J’ai eu trois jours d’ITT. Un psychologue m’a suivi lors des trois mois suivants. J’ai également porté plainte contre mon agresseur. »

Dans les jours qui suivent, une question devient inévitable : faut-il vraiment retourner arbitrer ?

Simon Lloret envisage sérieusement d’arrêter.

« Cela n’en valait pas la peine si c’était pour finir agressé »

Ses parents vont alors jouer un rôle déterminant.

La communauté arbitrale se mobilise également autour de lui, tandis que ses entraîneurs lui rappellent son potentiel et l’aident à distinguer son analyse technique du match de l’agression dont il a été victime.

Pendant quelques jours, l’idée d’abandonner le sifflet est pourtant bien réelle.

« Oui, cela m’a traversé l’esprit dans les jours qui ont suivi, car je me disais que cela n’en valait pas la peine si c’était pour finir agressé. Heureusement, mes parents m’ont poussé à ne pas bousiller ma passion, et j’ai reçu un soutien immense et réconfortant de la part de la communauté des arbitres. Je ne me sentais pas seul. Mes entraîneurs ont également été d’un grand secours en me rappelant que j’avais du potentiel. Ils m’ont rappelé que l’agression n’était pas de ma faute, que je pouvais analyser mon match sur le plan technique mais que cet incident relevait simplement de la bêtise humaine. Au bout de deux semaines, je voulais reprendre le plus vite possible l’arbitrage pour éviter ce côté gamberge. »

Deux semaines seulement après les faits, Simon Lloret veut donc retourner sur un terrain.

Mais retrouver un sifflet ne signifie pas que le traumatisme a disparu.

Après chaque carton, il surveille désormais ses arrières

Pour sa reprise, la commission le désigne volontairement sur une rencontre de jeunes, où les risques de tensions et d’incivilités sont moins importants.

Les entraîneurs sont informés de ce qu’il vient de traverser et tout est mis en œuvre pour lui permettre de retrouver progressivement confiance.

Pourtant, certains réflexes sont devenus incontrôlables.

À chaque sanction, Simon Lloret craint alors de revivre son agression.

« J’avais forcément de l’appréhension. Dès qu’un carton était sorti, j’avais le réflexe de me retourner pour surveiller mes arrières et garder une distance excessive avec les joueurs, par peur que ça se reproduise. Heureusement, la commission m’avait programmé sur un match de jeunes où les tensions et les incivilités sont beaucoup plus rares. Et les entraîneurs, au courant de ce que j’avais traversé, avaient veillé à ce que tout se passe sereinement. Ça m’a permis de retrouver confiance progressivement. »

Aujourd’hui, cette peur a disparu.

Mais certains réflexes sont restés. Et le jeune arbitre considère même qu’ils ont finalement amélioré sa manière de gérer les rencontres.

Il estime avoir réussi à transformer cette terrible expérience en apprentissage.

« La peur, je ne l’ai plus du tout. En revanche, cet épisode a ancré en moi de nouveaux réflexes : je maintiens une distance plus saine avec les joueurs lors de certaines phases tendues. Paradoxalement, c’est un vrai plus pour l’arbitrage. Éviter d’être trop intrusif permet de désamorcer l’agressivité potentielle de certains acteurs et de garder le contrôle. Finalement, j’ai transformé cette épreuve en une solide source d’expérience. »

Il veut des sanctions financières plus lourdes

Son expérience personnelle pousse également Simon Lloret à réfléchir aux moyens de combattre les agressions et incivilités dans le sport amateur.

Selon lui, les sanctions individuelles ne suffisent pas nécessairement.

Le jeune arbitre propose notamment de responsabiliser davantage les clubs sur le plan financier.

« Les sanctions existent mais les instances gagneraient à aller plus loin pour renforcer la dissuasion. Une piste serait de taper plus fort au portefeuille des clubs. En alourdissant les sanctions collectives, on responsabilise les structures : ce sont elles qui paient et qui évitent ainsi de recruter de tels profils à l’avenir. »

Pour autant, Simon Lloret ne veut surtout pas que son histoire décourage les jeunes de se lancer dans l’arbitrage.

Son message est même exactement inverse.

Malgré ce qu’il a vécu, il continue de présenter l’arbitrage comme une expérience particulièrement enrichissante.

« Il faut foncer ! C’est une expérience extraordinaire, d’autant plus que les effectifs manquent. Il faut s’accrocher, s’investir par passion et en faire un vrai moteur. C’est un chemin exigeant, mais sur le plan du développement personnel, c’est un tremplin incroyable. Au-delà du sport, cela forge des qualités humaines et professionnelles immenses qui servent dans tous les aspects de la vie. »

De l’agression au rêve d’une Coupe du monde

Simon Lloret ne s’est finalement pas contenté de reprendre.

Il voit désormais beaucoup plus loin.

Celui qui avait envisagé d’abandonner l’arbitrage après son agression veut aujourd’hui atteindre le niveau professionnel. La Pro D2 représente un premier objectif, mais son rêve se situe encore au-dessus.

À terme, il espère rejoindre le giron de World Rugby et connaître la plus grande compétition internationale.

« Mon ambition est de devenir arbitre professionnel. À court terme, je vise au minimum la Pro D2, et à long terme, j’espère intégrer le giron de World Rugby pour avoir la chance de participer à une Coupe du monde. C’est mon rêve ultime. »


Article rédigé par David Demri, fondateur du Blog des Supporters du RCT et spécialiste du Top 14.
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