Pourquoi Pierre Brousset a demandé à manquer la reprise du Top 14
Pourquoi Pierre Brousset a demandé à manquer la reprise du Top 14
Le dimanche 2 août 2026 à 9:39 par David Demri
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Le public voit les 80 minutes d’un match. Beaucoup moins les milliers de kilomètres parcourus, les semaines loin de chez soi et les sacrifices qu’impose une carrière au plus haut niveau. Arbitre international depuis plusieurs saisons, Pierre Brousset enchaîne les compétitions sans véritable intersaison.
Dans un entretien accordé à Midi Olympique, l’arbitre français raconte comment il apprend désormais à gérer son corps pour continuer à performer au plus haut niveau.
« Du moment où on est international, il y a toujours du rugby »
À peine la saison de Top 14 terminée, Pierre Brousset repart déjà à l’autre bout du monde.
Après avoir officié en Afrique du Sud cet été, il s’apprête déjà à prendre la direction de l’Argentine pour arbitrer une nouvelle affiche internationale.
L’arbitre français décrit un calendrier particulièrement exigeant.
« Ce n’est pas toujours facile, effectivement. Je me rends compte depuis quelques années qu’en fait, du moment où on est international, il y a tout le temps du rugby. Les saisons s’enchaînent. On finit en Top 14, on enchaîne avec le niveau international. Si on prend mon cas personnel, après avoir été en Afrique du Sud, je vais repartir prochainement en Argentine pour officier lors du match entre les Pumas et les Boks. Nous, les arbitres français, n’avons pas des gros blocs d’intersaison comme certains peuvent avoir dans le Sud. »
Il a appris à écouter son corps
Avec l’expérience, Pierre Brousset a changé sa façon de travailler.
L’époque où il voulait arbitrer coûte que coûte est désormais révolue. Aujourd’hui, il préfère lever le pied avant que son organisme ne lui rappelle ses limites.
Il explique pourquoi les coupures sont devenues indispensables.
« Il faut arriver à s’écouter, tout simplement. Il faut être capable de lever le pied sur des semaines d’entraînement, être aussi capable de demander à son manager dix voire quinze jours pour se régénérer. Deux semaines sans match pour prendre un peu de recul ne font jamais de mal. Petit à petit, avec l’expérience, on se connaît de mieux en mieux. En tout cas, pour moi, c’est le cas. Ça fait deux ou trois ans que j’ai compris la nécessité de m’octroyer pendant l’année des coupures. Cela prévient aussi des blessures. Si ton organisme est à bout, il va lâcher. Après la Coupe du monde 2023, j’avais enchaîné des blessures, aux ischios ou aux mollets. Il faut savoir dire stop avant qu’il ne soit trop tard. »
Reconnaître les premiers signes de fatigue
Pour l’arbitre international, attendre que le corps casse est une erreur.
Il affirme désormais être capable de détecter les premiers signaux d’alerte avant qu’ils ne deviennent problématiques.
Pierre Brousset décrit les symptômes qui l’incitent à ralentir.
« Quand tu es mâché pendant un ou deux jours après un déplacement… tu comprends facilement que ton corps souffre. La jauge est bien remplie. Surtout que nos entraînements sont plus durs que les matchs. Alors si tu es faible pour effectuer ta préparation, elle ne sera pas optimale. Et c’est un cercle vicieux qui débute. Aujourd’hui, j’essaie de ne pas arriver jusque-là. Il faut savoir anticiper. »
Cette anticipation l’a même conduit à prendre une décision inhabituelle.
Il révèle avoir demandé à manquer la première journée du Top 14.
« Par exemple, j’ai demandé à être « off » lors de la première journée de Top 14 pour me reposer après la période internationale. Je donne deux voire trois semaines à mon organisme pour recharger les batteries. J’essaie aussi d’avoir quelques jours de vacances avant la tournée de novembre et durant les fêtes. C’est important car ensuite, les Coupes d’Europe et le Tournoi des 6 Nations arrivent. Si tu es sélectionné, tu passes dans une machine à laver. »
La fatigue peut aussi influencer les décisions
Au-delà de l’aspect physique, Pierre Brousset insiste sur la nécessité de préserver sa fraîcheur mentale.
Selon lui, un arbitre diminué prend davantage de risques au moment de prendre ses décisions.
Il explique comment les arbitres travaillent également leur préparation psychologique.
« Il faut être en pleine possession de ses moyens, c’est une certitude. Que ce soit sur le plan physique ou psychologique, on doit être au top. S’il y a de la fatigue ou des problèmes personnels en tête, ça n’est pas l’idéal et ça peut jouer sur vos décisions. On a plusieurs moyens de se protéger contre ça avec des préparateurs mentaux, des exercices d’imagerie ou de la relaxation. Chacun utilise la méthode qu’il préfère. »
Enfin, Pierre Brousset reconnaît que cette philosophie s’acquiert avec les années.
Il estime que les jeunes arbitres ont parfois tendance à vouloir en faire trop.
« Ça peut arriver. Lors des premières saisons, tu as les dents qui rayent le parquet. Je comprends qu’un jeune arbitre aille contre certains symptômes pour arbitrer et prouver qu’il a le niveau. Année après année, tu réussis à relativiser. Tu t’aperçois que louper un match peut te permettre de faire plusieurs bonnes prestations derrière. C’est tout simplement une évolution d’état d’esprit. Chaque arbitre évolue au fil de son parcours. Ça ne me pose pas de souci de ne pas regarder de rugby pendant une dizaine de jours pour couper. Par le passé, je pensais que c’était impossible. Je voulais être au courant de tout ce qui se passait. »
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